Ce matin...

Publié le par Lill'Raphy

Je commence à écrire cet article alors qu'il n'a pas de titre, il n'a pas de nom, mais je sais ce que je vais y dire.

 

Hier soir j'ai haï la Vie. Très fort, très longtemps, très profondément. Ne parvenant à me calmer qu'une fois les joues innondées de larmes, le corps couché en position foetale, plus d'énergie pour haïr.

 

Je n'ai pas compris pourquoi se sont toujours les bonnes personnes qui partent les premières, qui sont rappellées les premières, comme si là-haut quelqu'un s'était dit "Ah tiens, lui c'est un bon j'en ai besoin, allez hop!".

Alors qu'au dehors, des connards pourris continues de vivre en toute impunité, sans autre forme de procès.

De bonnes personnes souffrent, meurent, disparaissent.

 

Et qu'on ne me parle pas de "justice", parce que là je ne suis plus en mesure d'y croire, c'est au-delà de mes forces.

 

Finalement, je l'ai appelé comme une chanson de Tryo, parce que depuis ce jour je me répète ces paroles en boucle : "Ce matin, l'Abbé Pierre est mort, on l'enterre sur TF1". Moi, on ne l'a pas enterré sur TF1.

 

Je me revois hurler au plafond, m'échiner à expliquer à l'Invisible pourquoi je suis en colère et triste, à aligner des excuses et des hypothèses en m'adressant au toit de l'immeuble.

Je n'ai personne à blâmer, personne physiquement vers qui diriger ma colère et ma frustration d'avoir vu partir trop vite une personne que je considérais comme un pilier de bonté et de générosité dans ma vie.

 

Il me semble qu'en l'espace d'à peine 45mn, je suis passée par au moins 4 des 5 stades de la confrontation à la mort, cependant je ne peux me résoudre à arriver au 5è stade, je ne peux pas encore accepter, c'est trop récent.

J'évite juste d'y penser, sinon cela me plonge dans une colère noire qui se termine immanquablement par de la peine et des larmes.

 

Et c'est comme si on m'avait octroyé deux jours de deuil et qu'au-delà de ces journées je n'avais plus le droit de m'apesantir sur ma peine et ma colère, je devais passer à autre chose, ravaler mes émotions, reprendre le cours de ma vie comme si de rien n'était et faire bonne figure devant le reste du monde.

 

Pourtant, ça me reprend parfois, si je me relache, tout me reviens en plein dans la gueule, comme un élastique tendu à l'extrême, toute la peine revient d'un coup et je mouille mes yeux et mes joues de plus belle.

Incapable de le laisser partir tout à fait dans mon esprit.

 

De toute façon, pour moi, il n'y avait personne dans cette boîte, il n'y a personne dans ce trou, personne sous ce drap, dans ce corps.

Il chevauche perpétuellement un tracto-tondeuse rouge, avec son éternel short et t-shirt bleu, ses sandales en cuir et son sourire doux aux lèvres :)

Je me plaîs à imaginer qu'il tond les pelouses du ciel et qu'il construit des machines abracadabrantes pour Lui (ou n'importe qui d'autre qui serait là-haut, là-bas, quelque part en somme).

 

Comme a dit quelqu'un de mon entourage ce jour-là : "Il est monté directement au Ciel et il a tout de suite trouvé sa place à côté de Dieu".

J'ai beau ne pas y croire, je trouve cette phrase magnifique de sens, sublime de vérité.

C'est exactement ça. Il a trouvé sa place, celle qu'il a toujours méritée. Et nous savons tous qu'il y est bien et qu'il nous regarde, qu'il sait lorsque nous pensons à lui.

 

On se retrouvera :) Et on ira ramasser les oeufs des poules ensemble. Encore.

Publié dans Anger

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